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L’abandon des rites forestiers en maçonnerie

Article de Régis Blanchet (Le Jardin des Dragons)

Article mis en ligne le 20 mai 2015
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L’abandon des rites forestiers en maçonnerie

Il est clair que les maçons anglais du XVIIIe ont appelé un chat un chat, autrement dit ils nommèrent d’entrée l’émergence de leur rites forestiers, ou assimilés, le Druid Order. Les Anglicans et Protestants anglais étant infiniment plus souples dogmatiquement parlant, il n’est donc pas étonnant de voir cet édifice druidique avoir d’excellentes relations de nos jours avec la maçonnerie régulière, de considérer que nombre de ses responsables sont des pasteurs anglicans, protestants et parfois des prêtres catholiques, que des membres de la famille royale sont reçus dans le cercle de pierre et que la couronne d’Angleterre, comme pour les églises et la maçonnerie, y est intégrée comme une clé de voûte.

Il n’en a pas été de même en ce qui concerne la France qui subissait une pression plus forte de l’Église catholique de Rome malgré le gallicanisme ambiant. Dans une vision très synthétique des choses, il nous faut considérer deux époques excessivement différentes en maçonnerie française du XVIIIe. La charnière se situe autour de 1750 à partir de quand certaines mutations sont facilement identifiables.

La période antécédente avait vu la mise en place d’une maçonnerie foisonnante, percutante et active dont la vision du monde, particulièrement religieuse, se basait sur la plus grande tolérance au sein de recherches sur l’histoire de l’homme très romantiques et souvent peu fondées. La maçonnerie remontait alors à Adam, l’homme primordial, et les mystères de l’Antiquité, égyptiens ou grecs, étaient à l’honneur dans une grande cacophonie traditionnelle qui, pour le moins, était peu conforme aux dogmes romains.

C’est dans cette période que s’inséra la naissance de cette maçonnerie forestière en France. Ainsi, les trames hermétiques ou gnostiques côtoyaient les canevas chrétiens en passant par l’émergence des valeurs celtiques sans s’opposer fondamentalement les uns aux autres. Cette période fut parfois qualifiée de "tolérantisme". Les rituels utilisés étaient divers et quelque peu subjectifs mais toujours reliés solidement à une de ces traditions. En même temps, la maçonnerie stuartiste très catholique et pénétrée par la Compagnie de Jésus commença à se positionner comme le fer de lance d’une forme d’évangélisation de ladite maçonnerie qui mettait en forme des "menus" rituéliques partant dans tous les sens.

Au virage des années 1750, et malgré les deux solides excommunications romaines contre les "conventicules maçonniques" - In emminenti en 1738 et Providas en 1751 - les moines puis les prêtres du royaume de France s’intègrent massivement dans les loges et cela peut être analysé, entre autre, de deux manières. La première serait un désir très gallican d’émancipation des réguliers et séculiers français vis à vis de Rome, la deuxième serait un grand mouvement d’évangélisation de la maçonnerie en général, l’une n’empêchant pas l’autre.

Il est alors sensible de voir à partir de cette époque charnière les anciens rituels peu à peu abandonnés au profit d’autres, extrêmement bien structurés, mettant en avant ce qui fut appelé un ésotérisme chrétien ayant l’avantage de sentir un peu le fagot, mais qui n’en cachaient pas moins un forme exclusive de chrétienté avant toute chose.

L’analyse des rituels de la Mère Loge de Marseille de 1751, dont on a du mal à situer l’origine réelle tant géographique que traditionnelle et qui servit de base de données au rites encore à venir comme le Rite Écossais Rectifié (1782), du Rite Français (1786) est un bon exemple de la christianisation des rites maçonniques au début de cette deuxième moitié du XVIIIe, chaque rite gardant néanmoins des spécificités marquées. Le Rite Écossais Ancien et Accepté, bien que né dans les premières années du XIXe siècle, prendra aussi ses sources aux mêmes périodes et subira ensuite des tentatives de déchristianisation selon les obédiences considérées.

Il est alors naturel de constater de l’abandon du rite forestier des premières décennies de la maçonnerie continentale. Le "tolérantisme" avait vécu et la trame traditionnelle du judéo-christianisme s’imposa lors de cette représentation non négligeable des réguliers et des séculiers au sein des loges.

Un autre facteur, sociologique cette fois-ci, est à prendre en compte, c’est la montée en puissance de la classe bourgeoise au cours du siècle des Lumières. En se basant sur les documents que J-M Ragon a mis à notre disposition, il est clair que le rite forestier avait été animé par des aristocrates qui avaient un contact ancestral avec les métiers gîtant sur leurs terres et au fond de leurs forêts qu’ils administraient avec le droit de coupe concédés aux clans forestiers. La mise en place en 1747 de la Vente du Cousin-Maître Beauchesnes "au centre de la forêt du roi" en est un bon exemple. Encore à cette époque, les loges en général, et les Ventes en particulier, reconnaissaient l’inamovibilité de la charge de vénérable.

La remise en question très démocratique de cet avantage permit à la bourgeoisie d’accéder à ce poste très envié avec, en filigrane, l’émergence des valeurs qui feront naître la Révolution française quelques années plus tard.

Les rites chrétiens, très anoblissants par l’accès à la chevalerie symbolique, par exemple, ou le degré de Rose-Croix sous toutes ses formes, captèrent toute l’attention de la classe bourgeoise qui s’imprégna fortement de la trame judéo-chrétienne qu’ils contenaient. Une véritable évangélisation passive des systèmes maçonniques fut ainsi politiquement accomplie.

Les rites forestiers, eux, restaient fondamentalement païens et plébéiens, de plus manipulés par des aristocrates maçons. L’évolution de la société française et les actions déterminantes de la classe bourgeoise aidée par le clergé progressiste ne pouvaient que provoquer la disparition des héritages traditionnels du monde des forêts. La pierre entendit bien se passer du bois, ce qu’elle fit, non sans créer des zones d’ombres et d’oublis dans sa propre tradition. Les fondations de Notre-Dame de Paris ne reposent-elles pas sur des fagots ?

Alors qu’en Angleterre, les décennies qui suivirent offrent une organisation des traditions de l’ancienne religion se structurant fortement en diverses branches druidiques, certaines à caractère maçonnique, la France verra l’écrasement de ces rites particulièrement dans le cours du XIXe siècle après le Concordat et l’introduction de la liturgie romaine sur tout le territoire en 1835 sous la poussée de Mgr Parisis, évêque de Langres.

J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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