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Rite Forestier des Anciens
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La fouée des charbonniers

Etude faite par Régis Bl.

Article mis en ligne le 20 mai 2015
dernière modification le 30 janvier 2016
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La fouée des charbonniers

Nous ne pouvons étudier les rites forestiers plus avant sans tenter de restituer avec plus de précision ce qu’était le monde des charbonniers et les méthodes artisanales qu’ils pratiquèrent pendant des millénaires sans réelles variations. Pour ce faire, nous avons largement puisé dans les travaux de Guy Larcher qui fit un travail considérable pour reconstituer le métier des charbonniers de la forêt de Paimpont afin de préserver l’essentiel de leurs héritages de métier (Les Charbonniers à Paimpont ; contribution à l’histoire d’une commune. Guy Larcher. Association des amis du Moulin du Châtenay, numéro hors série. Éd. Le Châtenay. Syndicat d’Initiative de Paimpont).
De nos jours, les derniers charbonniers sont bien rares et leurs successeurs encore plus. Nous avons pu cependant en situer quelques-uns en Bretagne, dans les Pyrénées ou encore dans le Jura. Figures atlantéennes d’un monde disparu, leur fierté n’a d’égal que leur isolement. Fidèles aux coutumes des Anciens, leur mémoire restitue la connaissance d’un métier dans lequel gîtent des données ancestrales et traditionnelles de l’ancien monde des Gaules.
Cette rude confrérie forestière résista mieux que les métiers des villes à l’autorité ecclésiastique du XVIIe siècle qui tenta de réduire l’importance des compagnonnages. Son enfouissement au fond des forêts peu évangélisées en est la principale cause. Ce positionnement au sein de la société n’était pas dû à une simple volonté de recul, mais obéissait à un impératif économique qui voulait que le métier de charbonnier fut avant tout relatif à celui des forges. Ces dernières, en effet quand elles n’étaient pas d’antiques « forges à bras », se situaient toujours en des lieux où l’on pouvait trouver simultanément de l’eau pour l’entraînement hydraulique des soufflets, du bois pour la transformation en charbon et du minerai, généralement affleurant.
Pour leurs approvisionnement en bois, les charbonniers passaient après les bûcherons et abattaient en dehors des périodes de sève, entre novembre et avril. Le sèchage du bois était relativement court de façon à ce que ce dernier ne perde rien en densité. Les essences les plus utilisées étaient le chêne, le bouleau, le hêtre et le châtaignier. Le bois était alors entassé en une unité de mesure qui se nommait la « corde qui mesurait 83 centimètres de large, 116 de haut et 320 de long. Cette mesure était la base des transactions pour les acheteurs, les charbonniers étant payés à la « corde » brûlée et non pas au poids du charbon transformé. Chaque corde carbonisée donnait environ 250 kilos de charbon.
Pour la transformation du bois en charbon, les charbonniers édifiaient ce qui fut appelé des meules, parfois des charbonnières ou des fourneaux, le plus souvent des « fouées ». L’emplacement de ces « fouées » ne tenaient en rien du hasard. Le sol devait être plat et l’endroit abrité des vents pour limiter les risques d’incendies. Proches des zones de stockage des cordes préparées en amont, les fouées se tenaient souvent dans des clairières qui prenaient alors le nom de « loge », et quand la gestion et la productivité des bois le permettaient, les « fouées » des « loges » se tenaient successivement au même endroit. La réutilisation du même sol augmentait apparemment la qualité de la fouée ainsi que sa rentabilité et préservait les forêts de nouvelles saignées pour créer des clairières de travail. De plus, il était nécessaire qu’un ruisseau soit à proximité, autant pour la vie du groupe que pour avoir un moyen d’éteindre une fouée qui se serait emballée.
La taille des fouées était variable suivant les commandes ou les cordes disponibles. Elles pouvaient être de trois cordes seulement ou bien de vingt-cinq, leur taille variant aussi de trois à huit mètres de diamètre.

Fabrication d’une fouée

L’emplacement ayant été défini et préparé, la première des opérations était de construire la cheminée. Cette cheminée se présentait comme un conduit vertical constitué d’un empilement de petits rondins sur une base triangulaire ou quadrangulaire. Ensuite, en bien répartissant les tailles de rondins et les essences de bois utilisées pour une carbonisation homogène, on dit que l’on « dresse les rondins verticalement autour de la cheminée en plusieurs épaisseurs et étages. Plus on s’écarte du centre, et plus les rondins sont obliques, plus on élève la fouée et plus le bois s’horizontalise. En fin de « dressage », on doit obtenir une demi-sphère.
Ceci fait, on la recouvre de « plisses » qui sont des mottes de terre dont le rôle essentiel est d’étanchéifier l’ensemble et elles serviront aussi d’isolation. La dernière phase de préparation est une couverture de fine terre qui complètera l’étanchéité de l’ensemble.

La mise à feu

La mise à feu d’une fouée amorce une opération qui peut durer cinq jours (et nuits) nécessitant une surveillance constante. Elle s’opère en remplissant la cheminée de charbon de bois froid mélangé à une certaine quantité de charbon incandescent et en rebouchant ensuite l’orifice pour que la combustion interne s’amorce. Ceci peut être répété plusieurs fois selon le volume de la fouée. En fin de la première journée, on doit entendre la cheminée craquer et l’on pratique alors l’ouverture de plusieurs « trous de pied » qui conditionnent l’aération nécessaire à la carbonisation totale de l’ensemble.
À partir du deuxième jour, des opérations de surveillance délicates commencent. En effet, les charbonniers, équipés de sabots bien « culottés » montent sur la fouée pour vérifier que la carbonisation est homogène. Opération dangereuse s’il en est, ainsi sont identifiées les zones de combustion rapide et celles les plus lentes. Sur les zones lentes, on peut enlever les plisses de couvertures pour accélérer l’opération, sur les zones trop rapides, on peut boucher les « trous de pied ». Si tout est jugé conforme et homogène, à mi-pente de la fouée, on refait des trous d’aération pour que toutes les couches de rondins carbonisent simultanément.
Si, le troisième jour et le quatrième, la carbonisation n’est toujours pas homogène, alors on tisonne la fouée sur son sommet avec de grandes tiges métalliques nommées les « fourgons », d’où l’expression fourgonner. Les trous ainsi créés sont appelés les « rossignols », car ils « chantent » en laissant passer la vapeur d’eau. Cette méthode efficace fait cependant perdre un peu de charbon autour des appels d’air. Les bons charbonniers n’utilisent que rarement les « rossignols ».
Le cinquième jour, la fouée a changé de physionomie et se retrouve bien affaissée. La fumée, de blanche qu’elle était au départ, est devenue bleue et toutes les couches de rondins sont carbonisées, la fouée est « cuite ».

Extinction de la fouée

L’extinction d’une fouée s’opère en bouchant tous les orifices d’aération, volontaires ou non. Un charbonnier monte sur le dôme et étale une couche de terre fine en la balayant ; celle-ci est censée se diffuser dans tous les interstices. Cette opération doit être faite assez rapidement, non seulement de par le fait qu’une poussière de terre extrêmement fine rend la respiration difficile, mais c’est aussi le moment le plus propice au fait que la fouée ne s’enflamme spontanément. Ainsi la fouée est censée s’étouffer durant une période de deux à trois jours.

Extraction du charbon

Elle se fait en deux temps, toujours pour cette raison de risques de flammes spontanées. On ouvre tout d’abord une brêche et l’on retire une partie du charbon avec un râcloir nommé « pousse-dehors » afin de vérifier la qualité de la carbonisation. Ensuite, on recouvre de terre à nouveau la brêche au cas où l’ouverture ainsi pratiquée ne réamorce la combustion en un endroit interne de la fouée et l’on attend quelques heures encore.
Tout étant bien fini, venait la mise en sacs.
Il n’était pas rare qu’un clan de charbonniers ait plusieurs fouées en route dont les mises à feu étaient décalées de deux jours. Un certain rendement apparaissait dans l’enchaînement de ces travaux.

Vie et rites des charbonniers

La famille

L’organisation sociale des charbonniers est calquée sur la vie des clans selon un schéma pré-chrétien toujours persistant.
Un homme était le chef du clan et c’est lui qui traitait les échanges commerciaux avec les forges et les gens de la ville.
Les autres hommes accomplissaient les tâches de leur métiers en coordination avec le chef de clan.
Les femmes s’occupaient de la famille. Les devoirs ménagers étant réduits à leur plus simple expression, elles avaient à charge néanmoins l’éducation des enfants, parfois elles participaient aux travaux de mise en sacs du charbon et pouvaient se charger des livraisons.
En ce qui concerne les enfants, il semble que la scolarisation les ait peu touchés et que, très jeunes, ils aient été amenés aux travaux forestiers afin de prendre le suite des Anciens.
Ces Anciens, les grands-pères, restaient à part entière dans le clan. Quand les forces les avaient abandonnés, ils s’occupaient aussi de l’éducation des enfants et de la transmission des connaissances d’une génération à l’autre.

L’habitation

L’habitation des charbonniers s’appelait la « hutte » ou la « loge » et pouvait contenir de deux à huit personnes. Compte tenu du fait que les charbonniers changeaient souvent de sites, elle était sommaire autant au niveau de sa construction que du mobilier qu’elle contenait. Constituée des mêmes matériaux que ceux nécessaires aux fouées (bois, fougères, plisses, etc.) elles se situaient le plus souvent en bordure du chantier et près d’un cours d’eau, ou d’une fontaine. Chaque hutte ne comportait qu’une seule pièce et une famille pouvait en posséder plusieurs dans le même chantier. Elle était soutenue par des piliers de trois mêtres, sa couverture était faite en plisses et ne possédait qu’une seule porte. L’étanchéité des murs était assurée par de la bruyère et des genêts en ce qui concerne les régions de Bretagne et de petit feuillage dans les autres régions. Un foyer central sans cheminée fonctionnait avec les bois semi-carbonisés des fouées.

Alimentation

Les relations économiques des charbonniers avec les « villes » leur permettaient d’importer quelques denrées comme la charcuterie, le cidre et quelques légumes. La proximité d’étangs et les ressources de la forêt apportaient le reste, champignons, châtaîgnes, poissons, petit et gros gibiers.
Quelques rencontres entre les clans forestiers leur donnaient aussi l’occasion de « faire le fête » et de continuer la tradition des banquets, mais rares étaient ces moments-là.

Religions et croyances

L’évangélisation chrétienne a de tout temps peu touché ces forestiers. Leurs échanges économiques les ont cependant assez tardivement amenés vers l’église paroissiale pour les naissances, les mariages et les décès, mais ceci ne semble avoir été qu’une simple convention de conformité superficielle.
Les clans forestiers possédaient leurs rites et leurs coutumes dont les racines plongent dans les temps pré-chrétiens de la civilisation celte.
Résistants et taciturnes, réfractaires à l’avancée de la civilisation, les clans forestiers portent toutes les marques et indices de la persistance de l’ancienne religion de la Gaule chevelue. Ce point étant étudié dans d’autres chapitres du présent ouvrage, nous ne citerons que les légendes bretonnes qui concernent les charbonniers de la forêt de Paimpont.

Dans ces dernières, encore une fois, nous décelons la peur ancestrale de la population de la ville vis à vis de ces « sauvages » des bois. Paul Sébillot, à la fin du XIXe siècle, rappelait à leur sujet :
« En Haute-Bretagne, on avait peur des femmes de charbonniers qui, il y a quarante ans, venaient des forêts de la Basse-Bretagne en escortant, une courte pipe à la bouche, des petits chevaux de lande qui portaient des sacs de charbon.
« Un proverbe de la Basse-Bretagne dit que : le charbonnier dans les forêts, comme le loup, hurle sans cesse.
« Les paysans de la Haute-Bretagne, voisins des lisières des forêts, prétendent que les charbonniers « mènent les loups », c’est-à-dire peuvent s’en faire obéir et les faire servir à leurs desseins.
« Dans le bocage normand, quand les marmots pleuraient, on les menaçait d’appeler les charbonniers.
« En Basse-Bretagne, les lutins et le diable prennent parfois pour jouer des tours aux chrétiens, l’apparence de charbonniers. »

Dans cette dernière citation, nous pouvons constater la permanence des légendes de l’ancienne religion ainsi que l’opposition religieuse fondamentale entre le monde des villes et le monde des forêts et l’origine des craintes supersticieuses ornant la réputation des forestiers qui, somme toute, n’ont fait que de rester fidèle aux traditions de leurs Anciens.
Soulignons néanmoins que, dans toutes les régions des Gaules, les charbonniers ont une relation particulière avec le loup.

J’ai été malade et vous m’avez secouru. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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