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Les traditions forestières étaient-elles mortes pour autant ?

Réflexions de Régis Blanchet sur la pertinence de cette résurgence.....

Article mis en ligne le 20 mai 2015
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Les traditions forestières étaient-elles mortes pour autant ?

Bien que mal en point, il semble qu’elles aient eu la peau dure et nous allons aborder maintenant l’étrange émergence en 1745 des Rites Forestiers en maçonnerie de la première moitié du XVIIIe siècle.

Faisons préalablement un rappel très succinct de ce que fut la naissance de la maçonnerie dite des Modernes à Londres en 1717 afin de mieux comprendre ce mouvement qui fut écrasé ensuite par ceux qui prirent le nom d’Antients et dont la maçonnerie contemporaine est l’héritière (12 et 13).

Il apparaît clairement que le premier mouvement maçonnique fut en fait bien loin d’une revendication de filiations dites de métiers et encore plus de tout ce qui pourrait être chevaleresque. Nous sommes en face d’un vaste mouvement d’émancipation de l’individu par le développement et une meilleure diffusion des sciences. C’était un Advancement of Learning tel que Roger Bacon, Eckart, Joachim de Flore, Paracelse, Agrippa, Dee, Andrea, Giordano Bruno, Francis Bacon, Comenius, Fludd, Ashmole en avait rêvé de leur temps... et les temps étaient venus. La Royal Society brillait de mille feux sous la direction d’Isaac Newton et tous les obscurantismes médiévaux étaient remis en question par la science.

Le groupe particulier des Antiquarians de la Royal Society eut une influence énorme dès le XVIIe siècle sur les populations en identifiant avec certitude l’ancienne civilisation des Celtes alors que la romanisation culturelle en avait recouvert jusqu’au dernier souvenir.

La maçonnerie tolérantiste de 1717 est un double mouvement qui fait émerger en juin des loges proprement maçonniques plutôt chrétiennes largement imprégnées de toutes les nouvelles thèses de la Royal Society mais aussi d’un hermétisme qui semble bien avoir été véhiculé par les espoirs déçus des Rose-Croix du XVIIe.

Pourtant, il y eut aussi en 1717, en septembre, dans une des mêmes tavernes, celle du Pommier, la mise en place d’un Druid Order composé de « bosquets » plutôt païens et spécialisés dans l’étude de tout ce qui était celtique sous la tempétueuse houlette des Antiquarians. Le philosophe irlandais John Toland - l’inventeur du mot « panthéisme » en 1705 - en fut le premier Grand Druide et William Stukeley, l’archéologue, le second jusqu’en 1765. Tous leurs travaux reposaient sur ceux de John Wilkins, de Robert Plot, de Robert Llwyd - entre autres - et bien sûr de William Stukeley qui revivifiaient toutes les traditions galloises particulièrement ainsi que les langues celtiques (12 et 13).

La maçonnerie des Modernes de la première moitié du XVIIIe siècle fut donc essentiellement philosophique et scientifique et mit en place un système de la « pierre » - les loges maçonniques - et un système du « bois » - le Druid Order.

Le déisme anglais des premières années de cette grande aventure émancipatrice des Modernes passa la Manche petit à petit par l’intermédiaire d’ouvrages édités et traduits à Londres ou à Dublin (14 et 15).

Mais en France, nous sommes sur un territoire gallican et catholique garanti en tant que religion d’État par le roi, et les dernières années de Louis XIV furent plus que bigotes. La maçonnerie inquiétait et la rigidité du cardinal de Fleury est un exemple politique de cette méfiance malgré les rondes-jambes du Chevalier de Ramsay. Un Druid Order en France était donc impossible et impensable. Alors nous pensons que le côté « bois » de la maçonnerie française fut incarné par l’émergence de ces si particuliers rites forestiers que l’on voit apparaître très mystérieusement au sein même de l’aristocratie française et tenir ses première réunions à la cour du roi de France en 1747.

Cette maçonnerie - car c’en est indiscutablement une - est mixte dès l’origine à l’instar du Druid Order, et est une exception notoire dans les rites maçonniques de ce temps-là, ce qui semble démontrer que leurs fondateurs avaient parfaitement identifié la mixité traditionnelle des clans celtiques.

Le deuxième point très clair est que, dans ces rites forestiers de la première heure, nous ne trouvons aucune connotation judéo-chrétienne, même pris dans son sens le plus large. Nous sommes en plein panthéisme tolandien que d’aucuns pourraient nommer paganisme celtique. Le référent est le Prophète des Forêts - autrement dit Merlin - la couronne est de chêne, les Ventes se passent en forêt et tout le rituel tourne autour de la conservation des rites de fendeurs, de charbonniers et de forgerons.

Après les deux excommunications romaines - In eminenti en 1738 et Providas de 1751 -, leur impact ayant été particulièrement nul tant au niveau politique que religieux, nous assistons alors à très étrange phénomène qui prend la forme à partir de 1751 d’une véritable invasion de prêtres et de moines gallicans dans l’ensemble des loges maçonniques de France. Le phénomène le plus curieux est qu’ils déclarent à 90% leur appartenance au Vatican malgré les deux excommunications précitées. C’est bien des archives du Vatican que le R.P. Ferrer Benimelli s. j. vient d’exhumer ladite liste (16 et 17).

Il s’est agi de toute évidence d’une évangélisation de la maçonnerie puisque toutes les autres pressions s’étaient avérées inefficaces. Et en effet, si nous regardons bien les rituels maçonniques qui apparaissent entre 1780 et 1790, tels que le rite français (1783-1786), le rite écossais rectifié (1782) et le rite de Misraïm (1785), le canevas et la trame éthiques reviennent fortement vers la chrétienté même si certaines thèses peuvent paraître hérétiques face au catholicisme romain, comme c’est le cas pour les héritages de Martinez de Pasqually ou ceux de dom Pernety.

Les rites forestiers n’ont pas échappé à cette christianisation et dans les plus tardifs rituels forestiers d’Alexandre la Confiance, la couronne de chêne est remplacée par une couronne plus romaine de laurier, le Prophète des Forêts est remplacé par le Bon Cousin Jésus, le saint patron est le Bon Cousin Joseph, le charpentier, etc.

Cependant, les Ventes forestières continueront de vivre non sans se diluer quelque peu devant l’extraordinaire croissance de la maçonnerie urbaine de la pierre.

Cette dernière, après la Révolution, ne retint qu’un canevas judéo-chrétien comme menu rituélique sous la pression de la maçonnerie anglaise en cours d’édification de sa Régularité reposant essentiellement sur une croyance au Dieu révélé de la Bible. Tous les maçons Modernes ont du à cette époque se retourner dans leurs tombes respectives.

Dans le cours du XIXe siècle, les rites forestiers seront moribonds en France alors qu’ils auront une résurrection inattendue en Italie en servant de vivier humain et révolutionnaire pour Garibaldi qui se battait farouchement contre le Vatican afin de fédérer les États italiens dans une République. Ce sont les fameux « Carbonari » qui n’ont en fait que très peu de rapports avec la tradition forestière, si ce n’est qu’ils incarnèrent encore une fois l’opposition politique fondamentale de l’esprit libertaire rural face aux impérialismes urbains, mais cette fois-ci, les forestiers gagnèrent et la papauté perdit les États pontificaux dans la bagarre.

Ce point justifia la troisième excommunication vengeresse de 1884 qui visait toutes les troupes de Garibaldi mais aussi le Grand Orient de France qui s’était émancipé en 1877 de l’obligation de croire au Dieu révélé de la Bible en tant que Grand Architecte de l’Univers tel que les Anglais l’exigeaient.

À partir de ce moment-là, les rites forestiers - pris entre le nouveau positivisme et la persistance des trames médiévales - disparurent totalement et rares sont les maçons de la pierre - mis à part Ragon (18) - qui se souvinrent qu’une maçonnerie du bois avait existé au-delà de l’évocation d’un autre « mystère » maçonnique.

Notons toutefois que le Rite Écossais Ancien et Accepté garda le souvenir de cette tradition en son 22e degré dit de Royale Hache, que le 23e degré du rite de Memphis-Misraïm fit de même. Ainsi, les soldes des traditions forestières furent assimilés à des hauts grades vraisemblablement à cause des aspects alchimiques issus du travail des métaux (forgerons) ainsi que des conséquences et méthodes de transformations des matières brutes en énergie (fendeurs et charbonniers).

R. BL.

J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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