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Rituel de l’Ordre des Fendeurs (début 18°siècle)
Article mis en ligne le 30 avril 2015

par Jean-Luc
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Rituel de l’Ordre des Fendeurs (début du XVIIIème siècle)

Source : (Collection privée), Musée du Tour de France,
année 1927, pp. 205 à 212 (huit pages manuscrites, écriture soignée).

Préparatifs :

On met à l’Orient une souche servant d’autel, sur laquelle est l’Evangile, un “mannequin de copeaux”, un pain de cinq sols et du sel, une couronne verte et un cordon jaune de feuilles mortes, pour le récipiendaire, au bout duquel pend une hache dorée.

A côté de la souche, sera placé un billot pour asseoir le récipiendaire, sur lequel est une couronne qu’on lui mettra sur la tête après avoir prêté son obligation. A côté du chantier sera un lit de gazon ou de feuilles mortes pour faire asseoir le récipiendaire après le travail ; il y aura aussi un gros tison prêt à être fendu, auprès duquel il y a une hache et un coin, pour faire travailler le récipiendaire ; il y aura encore un morceau de bois mal arrangé pour exercer le récipiendaire au travail.

Les Cousins sont en chemise, en sabots, les manches retroussées, ayant en main des couronnes de feuillages, un cordon jaune de feuilles mortes en écharpe, au bout duquel pend une hache.

Offices :

Le chef du chantier s’appelle Père-Maître.
Le 1er Garde du chantier, Cousin Duchêne, parrain.
Le 2e Garde du chantier, Cousin Delorrme, introducteur.
Le Secrétaire, Cousin Ducormier, garde du pain
L’Orateur, Cousin Ducharme, garde du vin
Le Trésorier, Cousin Delérable,
Le Terrible (Expert), Cousin Dufrêne,
Le Père-Maître des Cérémonies, Cousin Duhêtre, garde du bois.

Les coureurs et les gardiens des portes se nomment Piqueurs.
Les récipiendaires s’appellent Briquets.
Il y a presque toujours des “Cousins à talent” (musiciens).

Ouverture du chantier

Les Fendeurs assemblés et décorés de leurs attributs, font, musique en tête, une marche conduite par le Maître des Cérémonies et fermée par le Père-Maître, accompagné de ses gardes du chantier.
Après trois tours :

Le Père-Maître dit : - Que chacun, chacune prenne sa place !
Le Père-Maître “bat le bois” : x - x --- x

Les deux Cousins, gardes du chantier, battent l’un après l’autre.

Le Père-Maître dit : - « A l’avantage, bonne vie, Cousins, Cousines ! »,
le premier garde dit : - « A l’avantage, bonne vie, Cousins, Cousines ! »,
le 2ème garde dit : - « A l’avantage, bonne vie, Cousins, Cousines ! ».

Le Père-Maître : - « Bon couvert, Compagnons Fendeurs ».

Le Père-Maître va donner au Cousin Ducormier l’attouchement.

Il met le pied droit en avant, la main gauche sur l’épaule droite du Cousin.. De la droite, il tient sa hache comme pour se défendre, le bras raccourci. Le Cousin jette sa hache à terre et présente la main gauche, les 4 doigts serrés, le pouce levé. Le Père-Maître lui donne un petit coup du tranchant de la main droite, feignant de lui fendre le pouce et lui présente la main droite fermée, le pouce levé ; le Cousin le serre.
Le Père-Maître regarde le ciel ; le Cousin regarde la terre, puis ils se griffent réciproquement la main droite, et la main gauche, passée par-dessus l’épaule droite frappe du médius 3 coups sur l’omoplate. Ils s’embrassent en disant les 3 premiers mots de la Genèse :

Le Père-Maître. - Bereschith (“in principio” = au commencement...)
C. Ducormier. - Bara (“creavit” = créa....)
Ensemble - Elohim (“Elohim” = Dieu)

Le Père-Maître. - Quel temps fait-il ?
1er Garde. - Très beau, le soleil se lève.

Le Père-Maître. - Pourquoi est-il levé ?
2e Garde. - Pour nous favoriser au travail.

Le Père-Maître. - Que veux-tu faire ici ?
1er Garde. - “Du mal en apparence qui se changera bientôt en bien”.

Le Père-Maître. - As-tu déjà travaillé en chantier ?
2e Garde. - Oui.

Le Père-Maître. - Quelle en est la preuve ?
1er Garde. - C’est que mon père m’est comme je le respecte, et ma mère aussi, je la chéris.

Le Père-Maître. - Où as-tu vu le Père-Maître du chantier ?
2e Garde. - Je l’ai vu placé à l’Orient.

Le Père-Maître. - Comment l’as-tu connu ?
1er Garde. - Au cordon jaune qu’il porte en collier après lequel pendait une hache dorée.

Le Père-Maître. - Qui t’a procuré l’entrée parmi nous ?
2e Garde. - Mon parrain... et ma marraine...

Le Père-Maître. - Qu’ont-ils fait pour toi ?
1er Garde. - Ils ont assuré le Père-Maître du chantier et les Cousins, que j’étais courageux et propre au travail.

Le Père-Maître. - Nous ont-ils trompés ?
2e Garde. - Non, Si tu en veux des preuves, mets-moi au travail.

Le Père-Maître. - T’a-t-on honoré ?
1er Garde. - On m’a couronné sur le billot sacré.

Le Père-Maître. - T’a-t-on récompensé ?
2e Garde. - Oui, j’ai eu un pain de douleur, la somme et un mannequin que j’ai brûlé aussitôt.

Le Père-Maître. - Où sont les quatre coins de la vertu ?
1er Garde. - Les quatre doigts dans la main.

Le Père-Maître. - As-tu la clef du chantier ?
2e Garde. - La voici. (On fait un mouvement comme si l’on avait un arbre à abattre).

Le Père-Maître “bat le bois” : x - x --- x
Les deux gardes répondent :
- Cousins, Compagnons fendeurs, si les outils sont affilés, chaque Cousin, Cousine en santé, le soleil est levé, courons au travail, le chantier est ouvert.

Réception d’un profane

Le Père-Maître. - Cousin Piqueur, fais la visite de la forêt, et Si tu rencontres des curieux amène-les ici, s’ils sont courageux, nous les recevrons.
Le Piqueur sort et parcourt la forêt, s’il rencontre le récipiendaire, il le désarme, lui ôte son argent et son habit et l’amène à la porte du chantier où il le laisse, jusqu’à ce qu’il ait rendu compte au Père-Maître en déposant au milieu du chantier tout ce qu’il a ôté au récipiendaire.

D. - Quelle nouvelle, Cousin Piqueur ?
R. - J’ai trouvé un curieux qui rôdait dans la forêt, je l’ai désarmé, dépouillé et laissé à la porte du chantier.

D. - Est-il courageux ? S’est-il bien défendu ?
R. - Oui, très courageusement.

Faites-le entrer et amenez-le entre les deux gardes du chantier.

Après lui avoir demandé son nom et ses qualités, le Piqueur l’introduit et le met entre les deux gardes.

Le Père-Maître (au récipiendaire). - Mon ami, que faisais-tu dans la forêt, est-ce la curiosité qui t’y a conduit, ou le dessein de voler des cordes de bois ?
R. - Lorsque j’ai été attaqué, je n’avais nulle curiosité, ni envie de voler, je passais mon chemin.

D. - Es-tu fâché de tomber entre nos mains ?
R. - Oui, parce que l’on m’a pris tout ce que je possédais.

D. - Mon ami, j’ai bonne opinion de toi et de ton courage, Si tu veux être des nôtres, je te ferai rendre tout ce que l’on t’a ôté, sinon, je vais te donner les moyens de sortir et de te préserver des autres qui pourraient te rencontrer.
R. - Je consens d’être admis parmi vous, Si vous m’en jugez digne.

Le Père-Maître. - Je ne puis te recevoir sans l’avis du chantier. Personne n’a-t-il rien à reprocher à l’aspirant ?

Le Père-Maître. - Puisque de l’avis et consentement du chantier tu peux être reçu parmi nous, il faut éprouver si tu es assez robuste pour l’apprentissage.

(On lui montre un lot de bois qu’il faut mettre en chantier. Quand cette épreuve est finie on le jette sur le gazon en lui disant qu’il a assez travaillé pour se reposer et que le temps du repos lui donnera matière de réflexion ; après s’être reposé on lui demande s’il persiste dans la résolution de se faire recevoir). S’il répond oui, on lui présente une bûche à terre, on lui met à la main une hache pour la fendre en plusieurs pièces en lui disant

Ménage tes coups avec prudence, car cet instrument peut te procurer la vie, mais aussi te donner la mort. Après avoir fendu le bois en plusieurs pièces, on lui dit de se reposer, après on lui demande s’il persiste toujours. S’il répond que oui, on le fait avancer auprès de la souche, puis on lui donne le copeau à brûler, le pain de douleur à manger, ensuite on lui fait prêter l’obligation suivante :

Obligation

« Je jure et promets de ne jamais apprendre ni révéler le Devoir des Fendeurs à personne que dans le chantier et Si on m’en donne le pouvoir assisté des autres Cousins, de ne jamais aller sur les brisées ou marches d’autres Cousins, de ne jamais habiter avec sa femme ou sa compagne, d’être fidèle à ma religion et à mon Prince, de ne jamais tourner ma hache contre mes Cousins passants et dans la peine, de leur donner dans le besoin la soupe aux choux, un mannequin, asile dans ma cabane et la moitié de ma journée, quand je l’aurai gagnée, je jure sous peine d’avoir la tête et les bras séparés du corps. »

- Qu’as-tu trouvé dans les chantiers ?
- Des Cousins ardents au travail et courageux à se défendre.

- Que viens-tu faire ici ?
- Travailler pour vivre.

- Si j’ai besoin de ton assistance que me donneras-tu ?
- La moitié de ma journée quand je l’aurai gagnée, la moitié de ma soupe, de mon pain et de mon copeau, que nous brûlerons ensemble, et place dans ma cabane.

- Es-tu content d’être fendeur ?
- Oui.

- Nous le sommes aussi de t’avoir parmi nous.

CATECHISME
...../.....

Fermeture du chantier

Le Père-Maître. - Cousin Delorme, quel temps fait-il ?

Cousin Delorme - La nuit vient, Père-Maître, la journée est finie et le soleil est couché.

Le Père-Maître. - Cousin Duchêne, qu’est-ce que cela signifie ?

Cousin Duchêne - Qu’il est temps de nous retirer pour prendre du repos, avant de nous mettre en état de retourner demain au travail.

Le Père-Maître. - Quoi ! Toujours travailler ?

Cousin Duchêne - Nous sommes tous nés pour le travail.

Le Père-Maître. - Puisque le soleil est couché, que la journée est finie et que la nuit vient il est temps que chacun se retire en paix dans sa cabane !

Bons Cousins, bonnes Cousines et bons Compagnons Fendeurs, bonne vie ! A l’avantage ! Le chantier est fermé !

Cousin Duchêne - Bons Cousins, bonnes Cousines et bons Compagnons Fendeurs, bonne vie ! A l’avantage ! Le chantier est fermé !

Cousin Delorme - Bons Cousins, bonnes Cousines et bons Compagnons Fendeurs, bonne vie ! A l’avantage ! Le chantier est fermé !

Le Père-Maître “bat le bois” : x - x --- x

Les deux Cousins, gardes du chantier, battent l’un après l’autre.

Sortie en musique.

Commentaires sur ce Rituel :

Par mannequin, il faut entendre un panier aux fibres végétales ; mais, symboliquement, il s’agit d’un gobelet (les copeaux représentant la boisson initiatique, vin ou autre). « Brûler le mannequin » signifie : boire le contenu du gobelet ; « le copeau que l’on brûle ensemble », c’est la boisson que l’on partage (boire en commun). « Le vin de copeau » est, on le sait, un vin nouveau dans lequel on a fait tremper des copeaux (des « copeaux de fousteau », selon Olivier de Serres) pour l’éclaircir. On songe à 1’ « alcool de bois... »

On aura noté le symbolisme forestier : souche, couronne verte et un cordon jaune de feuilles mortes, billot, chantier, « le couvert », ainsi que la référence aux arbres : le chêne, l’orme. On n’accepte pas d’avoir la gorge tranchée, mais, en bon forestier, « la tête et les bras séparés du corps ».

Le métier y est privilégié : la hache dorée (souvenons-nous de la légende des trois haches chez Rabelais et La Fontaine), le travail et son prix. On est en chemise, en sabots, les manches retroussées...

« Battre le bois » signifie frapper, avec un maillet, sans doute, ou un bâton.
La référence à l’Orient est à retenir, autant que l’importance donnée à la femme (la « marraine »).

Remarquons que les forestiers étaient « armés » dans leurs bois. Ils devaient être neuf pour pouvoir se réunir régulièrement.

La dualité symbolique de l’arbre ou de la hache qui l’abat (Vie et Mort, Bien et Mal) apparaît nettement dans ce rituel.

L’écriture triponctuée n’est pas utilisée.

Ordre : étant debout, porter la main droite à la gorge en forme de coin.
Les Bons Cousins avaient un rituel de table : la fourchette était un « râteau » ; le couteau : « la hachette » ; la sauce : « la terre » ; le rôti : « le charbon » ; le vin : « braise » ou « copeaux » ; l’eau : « la mauvaise braise » ; le verre : « le van ».

J’ai été nu et vous m’avez habillé. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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