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Rituel de la Société des Fendeurs du Chevalier de Beauchaine
Article mis en ligne le 30 avril 2015

par Jean-Luc
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RITUEL DE LA SOCIETE DES FENDEURS DU CHEVALIER DE BEAUCHAINE (après 1747)

Source : La Franc-Maçonnerie du Bois (J.BRENGUES) qui, lui-même donne comme indication de recherche : La Chaîne d’Union, N°2, 1936-37, p.63-68

Le chantier

Le Père Maître est assis au haut du chantier sur un gros billot de chêne, appuyé du coude gauche sur la table, le chapeau détroussé et la couronne de feuilles de chêne, ayant au cou un cordon de soie verte où pend un coin de buis et une « pipe à la gueule » ; il est vêtu d’un habit de toile. Sur la table, on place une cruche de vin, du pain bis et autant de petits paquets où il y a cinq sous et autant de gobelets de grès qu’il y a d’assistants, tous habillés de même façon que le Père Maître, moins la couronne de feuilles de chêne et chacun avec une hache sur l’épaule, assis sur un fagot ayant devant soi une bûche de chêne. Le Cousin Cormier et celui du Charme sont assis aux deux côtés de la table ; le Cousin du Chêne et celui de l’Orme sont au bout du chantier, une hache sur l’épaule ; le Cousin Cormier et celui du Charme sont de plus à côté du pain et du vin de l’hospitalité ; le Cousin d’Erable et celui du Frêne sont à côté du siège d’honneur qui est un billot de chêne et sur lequel repose une couronne de chêne ; le Cousin du Hêtre est à l’entrée du chantier, un fusil sur l’épaule.

Réception

Un Cousin, vêtu à l’ordinaire, va chercher l’aspirant dans la cabane où il a été enfermé.

Conduit à l’endroit où se tient le Cousin du Hêtre, il se voit menacé par le fusil de ce dernier qui l’interroge :

D. « Demeurez-là. Que demandez-vous ? »

R. « Je veux être reçu Compagnon Fendeur »

D. « Suivez-moi »

Le Cousin du Hêtre bat alors la diane avec deux morceaux de bois et crie trois fois : « A l’avantage ! »

Le Cousin de l’Orme salue ensuite le Père Maître de sa hache et annonce :
« Père Maître, il y a quelqu’un de vos compagnons égaré dans la forêt ; souhaitez-vous que j’aille lui porter secours ? »

R. « Cousin de l’Orme, c’est votre devoir, allez vite et faites ce que vous voudriez qui vous fût fait »

Le Cousin de l’Orme ayant salué le Père Maître d’un coup de hache va voir ce qui se passe dans la forêt.

Le Cousin du Hêtre l’aperçoit et lui dit :« Bonne vie, Cousin de l’Orme »

« Bonne vie ! » doit répondre ce dernier qui ajoute :

D. « Quel est cet homme ? »

R. « C’est un briquet qui demande à être reçu Bon Compagnon Fendeur »

Le Cousin de l’Orme : « Je vais demander si cela se peut »

Il retourne au chantier, salue le Père Maître qui lui dit :

D. « Bonne vie, Cousin de l’Orme, d’où venez-vous ? »

R. « De la forêt du Roi »

D. « Qu’avez-vous trouvé ? »

R. « Un briquet qui demande à être reçu Bon Compagnon et Cousin Fendeur »

D. « Est-ce sa volonté ? »

R. « Oui, Père Maître »

Le Père Maître : « Admettez-le au chantier. Travaillez Cousins ! »

Tous les fendeurs frappent avec leur hachez sur la bûche de chêne placée devant eux.
L’aspirant est introduit par le Cousin de l’Orme qui est interrogé par le Père Maître comme précédemment.

Le Père Maître s’adresse ensuite à l’aspirant :

D. « Parlez donc, mon bon garçon ; qui vous amène ici ? »

R. « C’est le désir d’être reçu bon Cousin et bon Compagnon Fendeur »
Le père Maître dit alors : « Criez la Vente ! »

Le Cousin de l’Orme prenant le récipiendaire par la main lui fait faire trois fois le tour du chantier en criant trois fois : « A l’avantage ! » et en saluant de sa hache à chaque fois tous les fendeurs qui lui rendent son salut.

Le Père Maître : « Mon garçon, est-ce bien votre volonté d’être reçu Bon Compagnon et Bon Cousin Fendeur ? »

R. « Oui, Père Maître »

D. « N’est-ce point par curiosité ou pour aller découvrir à d’autres nos devoirs ? Songez à ce que vous allez faire ! »

R. « Non, Père Maître »

Le Père Maître : « Si vous étiez assez hardi pour être traître, nos haches, nos scies, nos coins, nos cognées nous vengeraient »

Le Père Maître se lève alors précipitamment, dirige sa hache en direction du front du récipiendaire ; les Bons Cousins imitent son geste.

Le père Maître répète : « N’est-ce point par curiosité que vous venez ici ? »

R. « Non,Père Maître, je viens seulement pour apprendre à vivre en Bon Cousin »

Chacun reprend sa place. Le Père Maître s’adresse au Cousin de l’Orme : « Dites au briquet de choisir un parrain »

Le Cousin de l’Orme lui conseille de choisir le Cousin du Chêne : « Cousin du Chêne, dit alors le Père Maître, le briquet vous prend pour son parrain, remerciez-le de l’hommage qu’il vous fait »

« S’il m’est permis », répond le Cousin du Chêne.

R. « En faisant votre devoir, tout vous est permis. Montrez-lui comme on empile le bois »

Il lui présente une cognée, lui en fait frapper trois coups sur une bûche à tour de bras ; les trois fois la lame de la hache doit entrer dans la même fente. Puis, il fait s’agenouiller le récipiendaire devant le Père Maître, la main droite étendue sur le pain et la gauche sur le vin de l’hospitalité pour prêter son obligation.

Obligation

« « Je m’engage sur le pain et le vin de l’hospitalité de ne point révéler les Devoirs des Bons Compagnons Fendeurs, pas même à mon père et sous peine d’être privé du pain et du vin de l’hospitalité. Je consens, si je manque à ma parole d’honneur, à être haché par les haches des Bons Compagnons Fendeurs ou être dévoré par les bêtes de la Forêt »

Le serment prêté, le Cousin de l’Orme enseigne au briquet à battre la diane, répond de lui au Père Maître et le fait asseoir sur le siège d’honneur préparé à cet effet ; on lui donne le pain et le vin de l’hospitalité et un droit de passage de cinq sols, en lui disant : « Prenez, mangez, buvez ; nous vous donnons ce que nous avons, mais c’est de bon cœur ; malgré que nous sommes pauvres, tenez, voilà cinq sols pour vous conduire. »

Le briquet mange et boit. On le place dans le chantier, une hache sur l’épaule. Il reçoit alors du Père Maître, le signe qui est de mettre la main droite en bas, les doigts serrés, en faisant comme si on plaçait un coin dans une bûche, puis, lui prenant la main droite le médius étendu, le Père Maître lui dit à l’oreille les mots sacrés :
« Fer, Charbon, Acier, bonne vie et Bon Compagnon Fendeur ! » »

Le récipiendaire rend le signe à tous lers Compagnons en les embrassant. Le chantier est fermé par le Père Maître :« Bonne vie ! Cousins, quittons l’ouvrage, voilà la nuit qui vient »

Suivent les agapes rituelles faites de soupe aux choux servie dans des plats de terre avec du salé, chaque convive ayant une assiette de terre avec une cuillère de buis et un gobelet de grès. Chacun mange et boit à sa fantaisie.

Commentaire de J. BRENGUES

Ce rituel est contemporain de celui du grade de fendeur ou de bûcheron. Il présente cependant des différences : il n’y est pas formellement question de la présence de femmes ; il n’est pas nécessaire d’être franc-maçon pour y être admis ; aucune référence possible aux hauts-grades ; aucun caractère chrétien.
Il apparaît comme une synthèse des deux rituels précédents.

Battre la diane signifie au sens propre « battre du tambour à la pointe du jour » (anc. diano de dia, dies : jour). On ne peut ignorer ici qu’il existait dans l’ancienne chimie un arbre de Diane obtenu selon Richelet par une projection de mercure « dans une solution d’argent (qui) par l’esprit du sel ammoniac procure cette végétation, en attirant l’argent et le divisant en très-peu de temps dans des rameaux des feuillages qui représentent cet arbre chimique ».

On retrouve les mots, objets et rites des deux textes précédents : le chantier, le billot, la couronne de feuilles, le pain et le vin, le « mannequin » appelé ici prosaïquement gobelet, la hache, l’épreuve physique, les Cousins du Chêne et de l’Orme, la cabane close, les batteries avec des morceaux de bois, la Forêt du Roi, le « briquet », la formulation violente des représailles éventuelles en cas de manquement à la parole donnée, l’obligation, le devoir d’hospitalité, le bijou en forme de coin attaché à un cordon vert, les agapes rustiques.
Il semble que le chevalier de Beauchaîne ait eu connaissance de rituels du type du suivant (Rituel de la Vente de la Forêt de Mâcon sensiblement de la même époque) : éventail élargi d’outils symboliques, catéchisme gestuel « du père et de la mère », le choix d’un parrain.
On retrouvera dans le Rituel de l’ordre de la Fenderie le garçon « égaré » et l’usage d’armes à feu (ici un fusil pour ce « frère terrible » qu’est le Cousin du Hêtre). La notion nouvelle de Père Maître annonce le Grand Alexandre de la Confiance.

Le droit de passage à cinq sols est nouveau : on en verra un écho dans le Rituel de la Vente de la Forêt de jura ; l’utilisation du fagot comme siège n’apparaît que dans le Rituel des Forêts du Roi d’Arras.
Le mot devoir révèle, de la part du chevalier de Beauchaîne, des connaissances compagnonniques. Les signes, mots et attouchements paraissent originaux.
[b]La triple formule « Fer. charbon. acier » confirme d’une part le caractère chimique ou alchimique du rituel et montre d’autre part qu’il s’inspire de rites de charbonniers (et peut-être de forgeron)

Pour le reste, ce rituel singe la franc-maçonnerie spéculative par son symbolisme ternaire élémentaire, par la présence de Sept Officiers systématiquement affublés de noms d’arbres, par le rite collectif de menace (la hache remplaçant ici l’épée), par la marche sautillante à trois pas.
Le chevalier de Beauchaîne a voulu probablement donner au rite précédent, assimilable à ceux des ateliers supérieurs, une assise rituelle comparable à la structure des loges dites « bleues » en maçonnerie”

J’ai été malade et vous m’avez secouru. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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