Quand le Bois rencontre la Pierre

Planche maçonnique inspirée par la Forêt à une visiteuse de la Vente des Rogers Bontemps

Article mis en ligne le 24 mars 2019

par admin

Vénérable Maître, vous tous mes Sœurs et Frères en vos Grades et Qualités.
Quand le Bois rencontre la Pierre, nous sommes confrontés à la beauté saisissante de la Nature et retrouvons l’intimité de l’Univers. Le végétal et le minéral qui s’entre lassaient, se répondent et cohabitent.
Quand le Bois rencontre la Pierre, sont réunies les matières naturelles utilisées par les grands constructeurs de cathédrales, qui nous touchent tant, nous, les Francs Maçons.
Quand le Bois rencontre la Pierre, vous écoutez l’histoire d’une Sœur, partie à la rencontre des Bon Cousins Forestiers, autour de leurs Cercle de Bois.
Quant à moi, je me sens, tel un tout petit point, devant la promesse
d’immensité que la Nature nous offre.
Mais aussi face à l’émerveillement qu’elle me suscite au travers de sensations simples. Sensations d’aller à l’essentiel en cueillant cet équilibre qui rend tout
bonnement heureux.
J’ai grandi entourée de bois, d’arbres et de mousses, courant d’un Chêne à un Hêtre, entendant le froissement des feuilles séchées, le parfum des champignons, cueillant des anémones sauvages et des violettes.
Durant des années, j’ai bu l’eau de source qui coulait directement de la montagne et fait griller les châtaignes ramassées aux pieds de l’arbre.
Ceci est l’univers des fins de semaines de mon enfance, celui qui constitue le cocon dans lequel je me sens bien.
Pourtant, je suis une fille de la ville. Les couleurs ocre de Rome constituaient la scénographie des jours où j’avais école, les couleurs du lundi au vendredi.
Les vieilles pierres du passé lointain, les églises, les monuments du fond des âges, messagers d’un autre temps.
Ainsi, le monde de la Nature et le monde urbain se côtoient, la Nature transparaît constamment du monde de l’homme, elle est là, sous nos yeux. Par sa beauté, elle nous impose une sorte de retenue, d’humilité et grâce à la simple contemplation elle peut nous mener sur le chemin de notre vérité.
Mon histoire de la Pierre vous la connaissez, elle m’a emmenée parmi vous.
C’est l’histoire de mon chemin du Bois que je partage. Le Bois est venu de loin, ce soir, pour nous retrouver dans notre Temple de Pierre.
Je l’ai rencontré à Presles, l’été passé, à la cérémonie de la Saint Jean d’été. En effet, l’histoire des Frères de Presles qui nous accueillent est liée aux Fendeurs et aux Charbonniers. Leurs Nom, a été choisi suite à la trouvaille, par leurs fondateur, d’un sceau des Bons Cousins « Les Fils de Déméter » de la Vente de Carnelle.
Il est aujourd’hui le sceau de nos Frères, unissant Bois et Pierre, Frères et Bon Cousins depuis plus de cinquante ans.
A l’écoute de ce récit, le Bois était en moi. Tant de souvenirs ont refait surface
et j’ai suivi le chemin des Fendeurs qui m’a emmené dans les Bois du Nord, à la
rencontre des Bon Cousins Roger et Bontemps.
Cependant, avant de vous emmener avec moi dans les Bois, en ce soir de début de printemps, je voudrais voir ce qu’ont à nous livrer le Bois, les Arbres et les Pierres.
Quand le Bois nous parle de vie, de régénérescence et l’Arbre de courage, d’endurance et de stabilité, la Pierre répond solidité, dureté et pureté.
L’Arbre se trouve dans les Bois, la Pierre dans la roche. Tous deux, confondus parmi d’autres, ne se livrent que peu à peu.
Simples cailloux ou bouts de bois, ils portent en eux l’histoire de leurs mondes.
Toutes ces années passées au vent, l’eau ruisselant sur leurs surfaces, la lumière du soleil les réchauffant nous racontent leurs mémoires.
Les artisans les ont transformés, depuis la nuit des temps.
Le Bois, la Pierre se souviennent de leurs histoires passées dans la Forêt et dans la Terre, les objets qu’ils deviennent en sont leurs témoins.
Tant d’objets disparus et tant d’objets qui ont traversé les âges afin de nous confier leurs savoirs anciens.
L’Arbre se montre majestueux, érigé vers le ciel, ses bras déployés vers la lumière, il se pare de ses plus belles couleurs selon les saisons. Mais, ses trésors les plus précieux se trouvent à l’abri de tous regards. Tout aussi majestueuses, les racines, miroirs de leur ramure, nous sont invisibles, elles protègent leurs secrets.
Cet être bien encré dans la terre qui ne peut se déplacer, dissimule également en son tronc l’histoire de son âge et les chemins qui mènent la vie, des racines aux feuilles et des feuilles aux racines.
Quant à la Pierre, elle est parfois complètement cachée. Entièrement protégée par la roche qui l’accueille. Il est impossible de la dater sans prendre en compte l’histoire de son enveloppe. Souvent, se sont les restes organiques d’un fossile qui permettent de définir son âge avec précision.
Recouverte de terre, entourée d’autres pierres, il faut savoir la chercher, elle révèle ses secrets à ceux qui peuvent bien prendre le temps de l’observer et de l’écouter.
Une fois trouvée, nous ne pouvons pas en apprécier toute la beauté intérieure, les veines qui la constituent, sa dureté, sa pureté et ses couleurs.
Contrairement à l’Arbre elle est potentiellement mobile. Libérée de son foyer rocheux, elle peut être transportée par l’eau ou le vent, polie par des années de voyages et d’intempéries.
De l’union des deux, Pierre et Bois, naît l’étincelle qui donne le feu.
Depuis toujours, l’homme à reproduit les éléments de la Nature indomptable
qui était au centre des croyances divinatoires.
Les plus anciens peuples de l’humanité créent les premiers espaces sacrés sous
la forme d’un microcosme composé de Pierres, d’Eau, et d’Arbres.
Dans la Forêt, qui est souvent investie d’une présence magique ou divine à l’image d’un Temple naturel, étaient érigés des dalles de roche monumentales,
et, en pleine Nature, des Forêts de Pierres.
La tradition du Bois Sacré, fréquemment associée au secret et aux rites d’initiation, était répandue dans de nombreuses cultures. On considérait des groupes d’Arbres, ou des portions de Forêt, comme séparés des autres et in- touchables.
Bien des légendes parlent d’Arbre Cosmique, Axe du monde lié au « centre » de la terre, ou d’Arbre de Vie, qui pousse au-dessus du sol et donne la vie aux dieux et aux hommes.
Cet Arbre, sacré, réunit en lui les quatre éléments.
La Terre, qui le sustente. L’Eau, qui circule dans sa sève. L’Air et la lumière du Soleil, qui alimentent ses feuilles. Son Bois, qui nourri le Feu et qui frotté le fait jaillir.
D’ailleurs, quand je regarde les spirales sinueuses des représentations de « L’Arbre de Vie », je ressens la puissance du Bois qui sauve et du Bois qui brûle, la dualité, le contraste et le cycle de la vie. Entre l’attente et l’aboutissement, l’Arbre, nous livre les possibles infinis.
Clairement, l’Arbre de Vie et l’Arbre Cosmique, qui facilement se confondent, se rattachent aussi à la source de l’Immortalité au cycle et au cercle.
Le Bois contient les Arbres et les Arbres le Bois, ce cycle infini rappelle le cercle du bouddhisme zen, l’E
nsō dont la symbolique est celle de la « vacuité » dans
le sens « d’interdépendance », ce qui signifie que toute chose dépend des
autres pour exister.
L’ensō(円相 ?)(« Cercle », enjaponais) est le symbole de lavacuitéet de l’achèvement dans
le bouddhisme zen.
(Le Soûtra du Cœur, dit : "La vacuité est forme et la forme est vacuité". D’un point de vue absolu, le monde n’a pas d’existence réelle ou concrète. Donc, l’aspect relatif, c’est le monde phénoménal, et l’aspect absolu, c’est la vacuité. [...] Les phénomènes surgissent d’un processus d’interdépendance de causes et de conditions, mais rien n’existe en soi ni par soi. La contemplation directe de la vérité absolue transcende tout concept intellectuel, toute dualité entre sujet et objet.
— Le Moine et le Philosophe, Jean-François Revel, Matthieu Ricard, 1997)
L’Arbre, la Pierre, le centre du monde, l’élévation de l’autel, du Temple, s’inspirent de l’ancestral sanctuaire et de l’Arbre Sacré. Ce sont à la fois des images du Cosmos (imago mundi) et du centre du Monde.
Le symbolisme du Centre de l’Univers, lieu sacré et réceptacle divin, se rattache à l’idée d’une Réalité Absolue, et pour l’exprimer, les tous premiers sanctuaires de l’humanité se fondent sur l’Arbre, un puissant concentré d’énergie vitale et spirituelle, et à l’Arbre on associe la Pierre, pérenne et indestructible.
Pas étonnant que l’histoire de la construction du Temple de Salomon soit liée à ces deux éléments.
Le Roi Salomon demanda au Roi de Tyr, Hiram, de lui fournir du Bois de Cèdre du Liban et de lui prêter ses architectes et maçons afin de réaliser son dessein.
L’intérieur du Temple fut garni de planches de Cèdre sur les murs et les poutres. Le sol, recouvert e Bois de Genévrier. Aucune Pierre n’était apparente. Puis, tout le Temple fut revêtu d’or.
La Pierre, solide, fut recouverte de Bois, élément de vie, puis, le tout recouvert de lumière.
La lumière est intimement liée à la Terre, Gaia, toutes deux nées du Chaos.
« Cette lueur entrevue, qui ordonne notre nuit intérieure, nous la rêvons d’abord au sein même de la terre, dans la nudité sans visage, mêlée aux alluvions, confondue à la roche, avant d’oser lever les yeux vers les sommets qui se contemplent à visage découvert dans la mouvance limpide du ciel. Habiter les chaos et les antres, se retrouver aux frontières de l’eau et de la terre, de la terre et du ciel, de l’organique et du minéral, organiser un monde par la danse des corps, explorer la mémoire des métamorphoses, autant d’expériences originaires vécues sur les sites naturels et imaginaires de l’inutile, qu’une aube nouvelle découvre. »
Gilbert Gormezano et Pierre Minot Exposition « Le Chaos et la Lumière ».
Ces mots accompagnent une exposition photographique extraordinaire qui
nous raconte la beauté de la Terre.
Je sais, cette réflexion m’a menée loin, jusqu’aux méandres de la création. Après tout, le Bois et la Pierre se côtoient dans la Terre et la Terre est dans l’Univers.
La Pierre m’a menée au Bois et l’union des deux à l’univers.
Mais reprenons le chemin de la Forêt. Je vous emmène avec moi à la rencontre de nos Bon Cousins des Bois.
Je ne viens pas ici vous livrer les secrets du rituel des Fendeurs et des Charbonniers car je n’en ai pas les connaissances. Je ne viens pas non plus vous résumer l’histoire de leur rite.
Je viens juste vous livrer le récit de cette belle rencontre dans les contrés du Nord, un matin d’octobre.
Je suis accueillie en plein milieu de la Nature, dans un lieu empreint de symboles. Un feu de Bois brûlant au centre du Cercle et les Bonnes Cousines et Bons Cousins Rogers et Bontemps installés autour.
Le Père Maître siège à l’Orient, pas loin d’un brin de Houx. Il est entouré du Cousin Ducharme, gardien du Pain, et du cousin Ducormier gardien du vin.
Les Cousins Duchêne et Delorme, gardes du chantier se trouvent à l’occident.
Puis, sur ce Cercle, un carré. Quatre Cabanes, occupées par quatre « personnages ». Au nord est la cabane de l’Ours, à l’est, celle de la Mère Catault qui garde à coté d’elle une bassine d’eau. Au sud, la cabane du Vigneron et à l’ouest celle de l’Ermite.
C’est l’Ermite qui ferme le cercle afin de d’entrer dans l’univers du sacré, il conclut en disant : « Ce qui est fait est Bien. »
Le Père Maître dit : « A l’avantage, Bonne vie. »
L’ouverture du Chantier est entamée.
Les échanges poursuivent, des mots positifs, toujours.
« Que veux-tu faire ici ? »
« Du mal, en apparence, qui se changera bientôt en bien. »
Le chantier ouvert, j’assiste à l’installation du nouveau Père Maître, un moment unique que d’assister à cette cérémonie si intime.
Une Bonne Cousine, B., nous livre une Bûchette, ce qui équivaut à nos Planches. Elle nous emmène dans le monde fantastique des Êtres de la Forêt en nous parlant de « Tourmentine », un petit lutin, une herbe aussi mystérieuse que redoutable. Il semblerait presque la voir apparaitre derrière un arbre.
Les notes d’une cornemuse surgissent de la Cabane de la Mère Catault, magnifique mélodie à ciel découvert, se mêlant aux sons de la Nature.
C’est le moment de la Fermeture du Chantier. Je suis unie autour du feu avec les Bonnes Cousines et les Bons Cousins en une touchante Chaîne d’Union.
Nous rendons à la Nature ce qu’Elle nous à offert. Le Bon Cousin l’Ermite ré- ouvre le Cercle, nous ne sommes plus dans le sacré.
Nous quittons le Cercle de Bois pour nous retrouver autour d’un autre feu et partager les Agapes ritueliques.
Le Cercle de Bois de nos Bons Cousins c’est ouvert à moi, Pierre vagabonde.
J’ai été accueillie avec tant de gentillesse et justesse dans le partage. J’ai été accueillie dans le don et dans l’échange. J’ai retrouvé, là-bas dans la Foret, cette harmonie que j’avais ressenti auparavant seul ici, dans ma Loge Mère, avec vous, mes Sœurs et Frères.
Forestiers, Maçons, nous sommes tous initiés, âmes sensibles à la beauté de la Terre. Nous avons tous la même quête.
Les souvenirs de ces moments se bousculent les uns les autres, mais la sensation de don et de partage est bien présente.
Pour tout vous dire, quand le Bois a accueilli la Pierre, j’ai ressenti la terre, l’air, l’eau et le feu.
J’ai ressenti un fragment de l’univers et la plénitude de l’infini. J’ai dit.

Planche du 21 mars 2019

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J’ai été en prison et vous m’avez libéré. Bonne Vie ! A l’Avantage !

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